Source : Livre de Jacques Granier
LE JOURNAL DE GUERRE DU CAPITAINE RENE CHAMBE
1914 - 1918
“ NOUS ENTRONS EN ALSACE “ Nous sommes le 17 novembre 1918. Sept jours après l’armistice. Trois officiers sont appelés à pénétrer les premiers dans une “ zone “ d’Alsace où nos troupes ne seront accueillies que le surlendemain. Ils doivent reconnaître le terrain d’aviation ennemi de Niedernai. Telle est leur mission, mais par delà cet impératif militaire le capitaine d’aviation René Chambe, qui deviendra plus tard général et aussi l’un de nos meilleurs écrivains, se plait à raconter, dans son “ Journal de guerre “, son premier contact avec l’Alsace retrouvée. Et c’est bien en effet de retrouvailles qu’il s’agit, dans la vallée de la Bruche, tout d’abord, où l’excitation est à son comble, à Niedernai ensuite où l’accueil est triomphal. A 50 kilomètres de distance, le général Chambe nous livre toutes chaudes ses impressions recueillies sur le vif alors que, le premier, il venait de rentrer en Alsace. Son récit est si émouvant que bien des lecteurs n’en prendront connaissance qu’avec des larmes dans les yeux. “ - Alors, c’est compris, en auto, pas en avion ?  - C’est entendu, mon colonel. “ Le chef d’état major du 10e corps d’armée nous a reconduits jusqu’à la porte de son bureau et nous a serré la main. “ - Tout se passera bien, j’en suis sûr. Ils ont mis complètement les pouces, ils ont tout promis, nous les tenons à notre merci et ils se garderaient du moindre sabotage. Mais on ne sait jamais, un simple fil de fer sur le terrain, un fossé recouvert, et ce serait le capotage ridicule ! Il ne faut pas. Alors en auto ! - Compris, mon colonel, soyez sans crainte. “ Nous sommes sortis. Sur la petite place de Bruyères, le crépuscule de novembre tombait, la brume glissait des hautes pentes toutes proches des Vosges, mouillant les toits, envahissant les ruelles déjà pleines d’ombre. Arme à l’épaule, un factionnaire faisait les cent pas devant un parc d’artillerie. Lubersac me dit : “ - C’est vous qui irez là-bas. Vous partirez de bonne heure. Vous prendrez avec vous un ou deux officiers, pas davantage. Attention aux incidents possibles. Vous avez vu; vous franchirez le trait de crayon rouge; vous serez les seuls. Mission de confiance. - Soyez tranquille, Lubersac, tout ira bien. - Je compte sur vous. Bonne chance ! “ Tout cela c’était hier. Et aujourd’hui, 18 novembre 1918, l’auto, lancée à vive allure, file sur la route sinueuse qui doit nous conduire en Alsace. TROIS COURBES AU CRAYON DE COULEUR
19 novembre 1918 - Les premiers soldats français pénètrent par la vallée de la Bruche, dans la première localité d’Alsace : Saales. La population a déjà dressé un arc de triomphe et un petit enfant libère son enthousiasme lorsque se présente la première voiture française.
“ Wisch im Elsass “. C’était le dernier village du département des Vosges d’avant 1870. Pendant 48 ans, à l’exception d’une libération provisoire en 1914, il a vécu sous le régime allemand dont les soldats posent ici auprès de la traditionnelle fontaine
Il fait un matin gris, humide, froid, mais déjà se devine le soleil derrière les bancs de brume. De loin en loin apparaît et disparaît tour à tour son disque blême qui semble rouler de crête en crête à la poursuite de la voiture. Nous sommes trois sur la banquette du fond. Nous ne disons rien, nous regardons fuir autour de nous en hautes vagues l’admirable décor. La houle forestière nous enserre de ses pentes abruptes, sombres, chargées de futaies d’automne. Les sommets se perdent dans un brouillard transparent, bleu comme des fumées de feux d’herbe. Devant nous, luit le casque du conducteur, avec sa jugulaire toute neuve serrée sous le menton. Nous avons déjà franchi de nombreux kilomètres, dépassé Saint Dié, et nous continuons de garder le silence avec, en nous, une gravité profonde, un insurmontable besoin de nous taire, de ne rien dire. La guerre est finie. Même prononcée mentalement, ces syllabes ont une drôle de résonance. L’idée qu’elles éveillent apparaît imprécise, irréelle. Et puis il y a ce silence, cet extraordinaire silence qui déconcerte et peu à peu serre à la gorge. Ce n’est pas impunément que depuis tant et tant de mois, tant d’années, nous avons vécu dans un vacarme si définitivement installé qu’il était devenu pour les combattants comme une atmosphère naturelle. Une oppression pèse sur nous. Plus un coup de canon, plus un coup de feu, rien. Depuis six jours, l’armistice a été signé. Depuis six jours, des pourparlers ont été engagés entre les autorités française et allemande pour convenir du mode de prise de possession de l’Alsace-Lorraine par nos troupes. Je consulte ma carte. Trois courbes concentriques, et dont le contour épouse à peu près celui de la frontière, y sont tracées au crayon de couleur. La première est en rouge, la deuxième en bleu, la troisième en jaune sur le Rhin. Elles partagent en trois zones égales les provinces retrouvées. Afin d’éviter tout incident, il a été décidé, d’un commun accord, que les troupes françaises ne pénétreraient dans une zone que le lendemain du jour où elle aurait été évacuée par les troupes allemandes. En même temps que la Lorraine, l’Alsace sera occupée en trois bonds. Aujourd’hui 18, premier bond. Après-demain 20, deuxième bond, et le 22, dernier bond. Ce sera le 22 que les armées françaises entreront à Strasbourg. - Vous franchirez le trait de crayon rouge, et vous serez les seuls “ a dit Lubersac. Nous serons les seuls, nous le savons. Qu’allons nous faire ? Notre objectif est le terrain placé aux lisières du village de Niedernai, Niederehnheim, comme ils l’ont baptisé depuis 48 ans. Quand nous l’aurons reconnu, visité en tout sens, nous assurant que ni le sol, ni les hangars, ne recèlent de piège, nos avions viendront s’y poser. Pas avant. Telle est notre mission. La distance est longue en voiture : environ cent trente kilomètres. Pour l’heure, nous venons de franchir le front, à l’est de Saint-Dié, affreusement cahotés. Lundi dernier on se battait encore. La route a été hâtivement rétablie, tant bien que mal, par le génie. Des fascines et des rondins ont été jetés pêle-mêle avec de la terre dans les boyaux. Dix fois la Renault a manqué s’enliser. Saisissant spectacle que ces tranchées désertes à perte de vue, chaudes encore de la présence et de l’odeur des hommes. Elles courent en tout sens, noires et béantes. Des effets d’équipement, des masques à gaz traînent de loin en loin sur les parapets. Des toiles, que le vent soulève, pendent à la gueule des sapes et des abris. partout des trous d’obus, des cloaques d’eau verte. Voici le réseau des barbelés français avec ses échalas de fer et ses chevaux de frise et, en face, le réseau allemand, très reconnaissable avec ses pieux queues de cochons. C’est fini; quinze cent mètres plus loin nous retrouvons l’amorce de la route. Par là, dans l’angle mort de la montagne, l’ennemi pouvait assurer ses ravitaillements et ses charrois. Les cahots se font plus rares. Nous soufflons. La frontière est là. Rien ne l’indique dans ce désordre; dans ce terrain bouleversé, mais je la situe grâce à ma carte. Des fantassins bleu-horizon travaillent à déblayer le sol. Plus un Allemand : ils sont partis. Je regarde mes deux compagnons de route assis près de moi. Il y a là le lieutenant Enslen et le sous-lieutenant Fichot. Tous trois, nous avons, sans nous consulter, revêtu des uniformes aux couleurs d’avant-guerre : ainsi les Alsaciens nous retrouveront mieux. Ils n’ont peut-être jamais vu de bleu-horizon. L’aviation n’ayant pas encore de tenue particulière, Enslen est en artilleur, Fichot en fantassin, et je suis en dragon. Le hasard fait bien les choses, les trois armes principales seront ainsi représentées : infanterie, artillerie, cavalerie. Les ailes, que nous portons au col, sont le seul point commun entre nous. Enslen s’est penché vers moi : “ - Mon capitaine, nous entrons en Alsace : ça va être chic !  “ Chic “, comme ce mot allait se trouver bientôt insuffisant. Les Français !  Vive la France ! Voici le petit bourg de Saales, sur la frontière même, premier village d’Alsace. Il a peu souffert, bien que situé à proximité immédiate du front. Quelques maisons ont été éventrées par les obus, mais la plupart sont debout, intactes. A la sortie de Saales, la route s’allonge à peu près rectiligne. et nous demeurons saisis. Elle est noire de monde. A perte de vue apparaissent des groupes. C’est une fourmilière en marche. Hommes, femmes, enfants, cheminent à pied, par deux, par trois, par familles entières. Tous vont dans le même sens, se dirigeant vers nous. Bientôt nous croisons les premiers d’entre eux. Nous ralentissons. “ - Hé bonjour ! Où allez-vous ainsi ?  Nos uniformes ont été reconnus. Il y a un remous. Hommes et femmes se précipitent : “ - Les Français ! Vive la France ! - Bonjour ! Vive l’Alsace française ! Mais où allez vous ?  Alors, un vieillard à cheveux blancs lève son chapeau à bout de poing et, d’un accent frénétique : “ - Où nous allons ? Nous allons voir la France ! Il y a trop longtemps qu’on attendait ! - Pourquoi êtes vous tous à pied ? -  Nous n’avons plus de chevaux, plus de voitures. Les Allemands nous ont tout pris, tout emporté ! On va tous à Saint-Dié. On reviendra comme on pourra ! Nous remontons la colonne indéfinie. La route fait un virage, deux virages et les groupes se succèdent toujours sans interruption; l’exode continue : c’est une émigration. Depuis trois jours que l’ennemi a commencé d’évacuer la première zone, les habitants se sont mis en marche. Par toutes les routes, tous les chemins, tous les sentiers conduisant vers la France, ils sont descendus dans les vallées et se dirigent vers la frontière. Un grand élan les porte vers cette patrie que d’aucuns, ceux à cheveux blancs, ont connue et que les autres, les plus jeunes, dans leur ignorance, sont avides de voir. La fourmilière humaine continue d’avancer, d’envahir la vallée de la Bruche, “  Par où “, comme vient de nous le crier une femme, “ doivent arriver nos Français “. Il y a là ceux de Ranrupt, Colroy la Roche, La Salcée, Saulxures, ceux de Plaine, Maisonsgoutte, La Broque, Belmont, tous ces noms si français, et ceux de plus loin, de Wildersbach, de Neuviller, de Natzviller et, de plus loin encore, ceux de Grendelbruch, ceux qui sont descendus des forêts d’Obernai, du Hohwald, des futaies profondes de Haslach, de Lutzelhouse et même ceux d’Abreschviller. Voici Bourg-Bruche. Les habitants n’ont pas été évacués. Toute la population est massée à l’entrée. Les rues, les fenêtres disparaissent sous les drapeaux français, les guirlandes de feuillage, les girandoles de papier, les fleurs. Les reines-marguerites, des chrysanthèmes pleuvent sur notre voiture. Nous avons beaucoup de peine à avancer. Plus loin c’est Saint Blaise, Heilig-Blasien comme les Allemands l’ont appelé. Le tumulte grandit. Comment peut-il y avoir tant de drapeaux ? D’où sortent-ils ? Ce n’est qu’une lumière tricolore, une féérie de guirlandes et de fleurs. “ - Tout le bleu y a passé ! “ nous explique un homme. “ - Vous chercheriez vainement un morceau d’étoffe bleue en Alsace, il n’y en a plus ! Du rouge et du blanc, on en a trouvé tant qu’on a voulu à cause du drapeau allemand, mais pour le bleu on a tout pris, tout découpé, les  rideaux, les tabliers, les vêtements.. “  Nous continuons. Au-delà de Saint Blaise, nous traversons les villages et les bourgs de Fouday, de Rothau, de La Broque. Et toujours les mêmes cris, les mêmes acclamations, les mêmes fleurs nous accueillent, nous accompagnent et nous poursuivent. Sur la route, c’est le même défilé, la même marche ininterrompue vers la France, les mêmes mains brandissant des petits drapeaux, les mêmes flots de rubans aux corsages et aux chapeaux. Beaucoup de femmes ont revêtu le costume d’Alsacienne, sur leurs cheveux blonds le gros nœud noir. Pour la première fois depuis quarante-huit ans il s’étoile de la cocarde tricolore. c’est toute la vision de notre enfance, de notre adolescence, qui se réalise et s’anime devant nos yeux. Nous entrons tout vivants dans le rêve. ........................................................................................... “ En avant !  J’ai fait 70 ! “ Il est 10h. Nous doublons tout un régiment d’infanterie en colonne de route. C’est le 2e de ligne. Il se rend à Schirmeck. Nous saluons le colonel et lui demandons l’autorisation de le dépasser. Comme nous arrivons à la hauteur de la tête de colonne, retentit l’ordre de prendre le pas cadencé. Schirmeck est tout près. Nous gagnons de la vitesse, afin d’assister à l’entrée du régiment dans la ville. La rue principale est noire de monde. Nous voulons tenter de passer, de gagner l’angle de la petite place du marché afin d’y ranger l’automobile, de nous perdre dans la foule et de nous faire oublier. C’est impossible ! Une marée humaine s’est ruée sur nous. La voiture est bloquée, coincée contre une maison. C’est fini, nous n’avançons plus ! Vingt personnes sont autour de nous, debout sur les marchepieds, des Alsaciennes dont les grands nœuds palpitent, des hommes à cheveux blancs, des enfants. Une vieille femme, au visage fin et ravagé, est là, contre nous. Elle est tout en noir, très distinguée. On l’a hissée sur le marche- pied de la voiture. Elle tient dans ses bras une gerbe de chrysanthèmes blancs et nous le tend. Des larmes coulent sur ses joues. Elle suffoque, elle voudrait parler, mais les mots lui manquent. Elle ne peut que répéter : “ - Oh! messieurs! oh! messieurs!... “ Et sa pauvre voix est soudain anéantie, emportée dans le vacarme. Une tempête de cuivres vient d’éclater à l’entrée de la rue : Sambre et Meuse. Sambre et Meuse en Alsace ! La foule s’est rejetée contre les maisons. Précédée d’un tambour-major, la musique du 2e ligne balaie tout sur son passage. Voici le régiment. Les hommes se sont redressés, menton haut, les joues barrées par la jugulaire, la crosse bien appuyée sur l’épaule. La plupart sont blancs comme la mort. Une émotion indicible les étreint sous les fleurs qui tombent sur eux comme une pluie. De tous mes yeux je les regarde. Je veux tout voir, tout noter, rapporter un exact témoignage de cette minute. Il en passe, il en passe toujours. Après un rang, un autre rang. Près de nous se tenait un vieillard vêtu de noir, avec des moustaches blanches et la mouche au menton, ayant tout à fait l’allure d’un officier du Second Empire. Soudain, il a fendu la foule, suivi d’un petit groupe d’hommes que nous n’avions pas remarqués. Il s’est précipité avec eux sur le drapeau, l’a arraché des mains de l’officier qui le portait, l’a brandi à bout de bras en criant à tue-tête : “ - En avant ! J’ai fait 70 ! La France en avant ! “ La garde a voulu s’interposer, mais l’officier porte-drapeau a fait signe de laisser faire. Et le vieillard parcourt ainsi quelques mètres au milieu des soldats, portant toujours les trois couleurs à bout de poing au-dessus de sa tête, comme en extase, le visage ruisselant de larmes, puis il les remet à l’officier. Il est 10h30. Nous sommes en retard. Nous avons réussi à remettre la voiture en marche et, lentement, nous avançons dans la rue encore tout encombrée de foule. Et, la voiture ayant du s’arrêter un instant, la dernière vision, que nous emportons de Schirmeck, sera celle d’une grande image en couleurs placée bien en évidence, une image séditieuse qui durant l’oppression dut être tirée à des milliers d’exemplaires, recherchée, pourchassée, par les autorités allemandes. Elle représente un énorme, un immense gendarme allemand, botté, coiffé du casque à pointe, roulant des yeux féroces. A ses pieds, une mignonne petite fille, habillée en Alsacienne, baisse le nez, couverte de confusion, prise sur le fait. Elle vient de composer un bouquet de fleurs cueillies au bord d’un champ de blé. Elle le tient encore à la main, et ce bouquet n’est fait que de bleuets, de marguerites et de coquelicots. Le gendarme, étouffant de colère, le désigne du doigt, en s’écriant ( le texte est inscrit dans la légende ) : “ Tuchurs drigolore ! Le plus beau jour de notre vie ! Il est onze heures passées lorsque nous franchissons le trait de crayon rouge. Nous sommes dans la deuxième zone. Là nous ne trouverons pas un soldat français mais, en revanche, sans doute des soldats allemands. Tous ne sont pas encore partis. Changement de décor. Les routes sont à peu près désertes. Pas un drapeau dans les villages. La botte ennemie pèse toujours, pour quelques heures, sur cette terre d’Alsace. On sent derrière les vitres comme un mélange de crainte et de joie. A Heiligenberg, une femme qui puisait de l’eau à la fontaine, a laissé, de saisissement, tomber son seau, en criant : “ - Franzosen ? “ Puis, se reprenant aussitôt, elle a levé les bras : “ Fife la Vrance ! “. A Dinsheim, à Mutzig, des gens qui circulaient dans la rue ont aperçu le fanion tricolore flottant à l’avant de notre voiture. Ils ont fait de grands gestes, se sont mis à courir. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés, pressés de gagner l’avant, d’atteindre au plus tôt Niedernai. ...............................................................................................; Il fait un grand soleil. Nous n’avons pas encore vu un uniforme ennemi. Voici les premières maisons de Molsheim, le Molsheim des Oberlé. Je me rappelle que, le 2 août 1914, j’avais emporté deux livres dans les sacoches de mon cheval, deux livres qui ont si fortement marqué leur empreinte dans l’âme de notre génération ! Ces deux livres, ils m’ont accompagné partout, durant la guerre; je les ai toujours. Ce sont “ les Oberlé “ de René Bazin et “ Au service de l’Allemagne “ de Maurice Barrès. Et nous voilà à Molsheim... La voiture roule doucement dans la rue. Pas un drapeau, pas une guirlande de feuillage. Mais, comme dans tous les villages traversés, apparaissent déjà les indices que, derrière ces fenêtres, derrière ces murs, on n’attend plus que le départ des derniers soldats, des derniers fonctionnaires allemands pour laisser librement éclater la joie de la délivrance. Ces indices nous les trouvons dans les saluts et les cris des habitants, nous les trouvons surtout dans les grands coups de pinceau de peinture rouge, qui,  un peu partout, sabrent déjà d’un trait vengeur les inscriptions allemandes en gothique : Rathaus, Schulhaus, Wirtschaft. Après demain, le délire sera ici le même qu’à Schirmeck. Nous venons de déboucher sur une petite place, plantée de tilleuls dont les feuilles jaunies par l’automne jonchent déjà le sol. Le conducteur a marqué une hésitation aussitôt réprimée. Une vingtaine de soldats allemands sont là. Ils s’affairent autour de deux camions sur lesquels ils chargent du mobilier. Deux officiers, fort élégants, en longue capote grise, en casquette plate à turban rouge, la badine sous le bras, surveillent le travail. Il s’agit évidemment de leurs logements; on est en train de les déménager. Ils étaient en garnison ici. A notre vue, tous se sont arrêtés, stupéfaits. Nous passons lentement devant eux, fanion claquant au vent. Ne sachant quelle contenance prendre, les deux officiers ont rectifié la position et, d’un geste sec, ont porté la main à leur visière pour un salut correct et froid. J’ignore quelle est leur impression; pour nous, c’est le plus beau jour de notre vie ! Ils se sont libérés eux-mêmes Voici les dernières maisons de Molsheim. Nous sommes dans la plaine. La route s’ouvre vers le sud. Nous n’avons pas parcouru un kilomètre que nous doublons une calèche attelée d’un cheval lancé au grand trot. Elle est conduite par un officier allemand, impeccable, monoclé, le fouet haut.                                                                                                         Près de lui, est assis un homme de troupe en feldgrau, son ordonnance. Derrière,                                                                                                         parmi les valises empilées, deux femmes sont affaissées sur les banquettes,                                                                                                         comme prostrées. L’une d’elle se cache le visage dans un mouchoir,  l’autre                                                                                                         détourne la tête. L’officier, quand nous l’avons doublé, a simplement abaissé son                                                                                                         fouet. A quelque distance, nous nous retournons et nous voyons, à Dorlisheim, la calèche enfiler, toujours à grande allure, la route de Strasbourg.                                                                                                         Encore une famille d’officier allemand, jadis en garnison à Molsheim ou à Mutzig, venue déménager en toute hâte. La joie gonfle notre cœur.                                                                                                         Mais quels sont, devant nous, ces petits groupes de soldats allemandes ? Ils cheminent dans les deux sens, la plupart sans armes, sans sac, les uns                                                                                                         portant des paquets, les autres une musette en sautoir. Ils vont par deux, par trois, isolément, sans ordre. Stupeur, presque tous, à notre vue, font de                                                                                                         grands gestes, jettent leur calot en l’air, poussent des cris délirants : “ - Fife le Vrance !  Fife le Vrance ! “.                                                                                                          Que signifie ? Être acclamés, à présent, par l’armée allemande, c’est plus fort que tout ! Mais immédiatement nous comprenons, la lumière se fait jour.                                                                                                         Ce sont des Alsaciens-Lorrains.                                                                                                         Dans le vent de désordre qui semble souffler sur l’Allemagne, ils se sont empressés d’abandonner leurs régiments et de se libérer eux-mêmes. Ils                                                                                                         arrivent de tous côtés et regagnent à pied leurs foyers.                                                                                                         Beaucoup sont incroyablement jeunes, l’air de collégiens habillés en soldats.                                                                                                         Nous touchons là, à l’une des manifestations les plus directes, les plus poignantes de l’annexion impie; ces fils d’Alsace, ces Français déguisés sous                                                                                                         l’uniforme ennemi, qui ont dû combattre contre nos alliés, peut-être contre nous, dont beaucoup ne savent pas parler français, la langue interdite, mais                                                                                                         qui, tous portent profondément enfoncé dans le cœur l’amour de leur vraie patrie. “ - Fife le Vrance !  Fife le Vrance ! “. L’INOUBLIABLE ACCUEIL DE NIEDERNAI 18 novembre 1918. Le capitaine René Chambe et deux autres officiers ont reçu l’ordre de précéder de quelques jours l’arrivée des troupes françaises qui convergent en direction de Strasbourg. Leur mission : s’assurer que le terrain d’aviation de Niedernai n’a pas été saboté par l’ennemi. René Chambe en profite pour noter dans son “ Journal de guerre “ les impressions qu’il a ressenties au cours de ce premier contact avec l’Alsace retrouvée. La population de Niedernai, notamment, réserve aux trois officiers français un accueil si touchant qu’il est difficile, à la lecture de ces souvenirs, de ne pas se laisser à son tour gagner par l’émotion. Par des chemins détournés, poursuit René Chambe, nous avons évité de traverser Obernai, puis le village de Niedernai. Personne ne nous a vus. Nous sommes maintenant sur le terrain d’aviation ennemi de Niedernai. Il est midi. Le terrain est désert. C’est une prairie qui touche aux lisières du village. Les hangars en bois, du type allemand, bien reconnaissables avec leurs portes à rabat, sont intacts. Pas un avion. Ils sont tous partis, mais les empreintes récentes de leurs roues sont encore visibles sur l’herbe écrasée. Un tas de cendre fume encore sur le sol. Sous un appentis, une forge de campagne, abandonnée, porte dans son foyer des braises imparfaitement éteintes. La bauge est encore chaude. A circuler ainsi sur le terrain de nos adversaires directs, dans ce silence, dans cette atmosphère de retraite, de fuite, nous éprouvons une impression indéfinissable. Nous nous attendons, à chaque instant, à voir apparaître des silhouettes de feldgrau, de mécaniciens ou de quelconques gardiens. Mais non, rien, le vide. Nous visitons un par un les hangars béants, leurs grandes portes rabattues; nous parcourons en tout sens la piste. Tout est en ordre, rien n’a été détruit ni saboté. L’ennemi a tenu strictement ses engagements. Il se soucie peu d’y manquer, la force de l’armée française est entière et les représailles seraient immédiates. Au bout du champ, près de la route, se dresse une véritable cage en fils de fer barbelés. Nous apprendrons bientôt que là était un camp de prisonniers russes où les malheureux étaient traités comme des forçats. malgré la paix de Brest-Litwosk, l’Allemagne avait conservé de nombreux prisonniers des armées tsaristes, sans doute pour travailler dans ses mines, ses cultures, ou, à l’entretien de son réseau routier et de ses retranchements.  Un petit ait frondeur Notre visite achevée, nous nous dirigeons vers le village de Niedernai, dont une issue donne directement sur le terrain d’aviation. Nos allées et venues prolongées ont été, à la longue, remarquées. Un groupe d’enfants nous observent curieusement de loin. Nos culottes rouges, nos képis, les intriguent. A notre approche, ils s’éparpillent comme une volée d’oiseaux et disparaissent derrière les maisons. Mais d’autres ont dû donner déjà l’éveil, car, lorsque nous allons pénétrer dans le village, nous nous trouvons nez à nez avec plusieurs habitants qui se hâtent à notre rencontre. L’un deux, aux cheveux blancs taillés en brosse, nous invite à                                                                                               venir chez lui. Il s’appelle Stanislas Muller.                                                                                               Il est charmant ce village, délicieux, et telle-                                                                                               ment alsacien ! Les maisons sont coiffées de                                                                                               grands toits à auvents, couvertes de vieilles                                                                                               tuiles plates. Les façades laissent apparaître,                                                                                               dans la pierre et le ciment, l’entrelacs des                                                                                               poutrelles peintes en brun ou en vert foncé.                                                                                               Des balcons de bois courent d’un angle à                                                                                               l’autre, au-dessus des portes. Oui, il est telle-                                                                                               ment alsacien, tellement de vrai style du pays,                                                                                               qu’il semble arrangé, pas vrai, dessiné exprès                                                                                               pas Hansi.                                                                                               Et puis, il a un petit air personnel, ce village,                                                                                               un petit air frondeur avec ses un peu au                                                                                               hasard, de guingois, à la volonté de chacun,                                                                                               va comme je te pousse, comme si elles                                                                                               avaient refusé de se soumettre à l’alignement,                                                                                               de se plier à la lourde discipline de l’oppresseur.                                                                                               C’est un de ces villages têtus qui a du donner du fil à retordre aux fonctionnaires et aux gardes-chiourmes du kaiser. Et avec bonne humeur, avec esprit, tous ces pots de géraniums aux fenêtres en témoignent. Oui, ce doit être, c’est certainement un de ces villages de “ welches “, comme ils les appelaient , qui ont fait tant enrager les Allemands. S’il est vrai que, dans les maisons d’Alsace, on chantait encore la vieille chanson de l’Oiseau de France qui a bercé notre enfance, Sentinelle, ne tirez pas ! C’est un oiseau qui vient de France ! s’il est vrai qu’elle n’était pas tout à fait oubliée, c’est là, derrière ces murs, plus que partout ailleurs, qu’on a dû la chanter. Tous veulent nous voir Rien ne manque à ce village pour être vraiment de vieille Alsace, rien pas même la chaîne des Vosges qui est là, tout près, barrant haut le ciel de son écran bleu sombre. Et justement, l’éperon majestueux du mont Ste Odile, couronné de son blanc monastère, domine ses toits comme un symbole. Au soir tombant, l’ombre de la montagne sacrée doit les couvrir comme une aile. Et, à l’aurore, parmi toutes les voix des cloches de la plaine d’Alsace, que, de là-haut, écoutaient les Oberlé, celles de Niedernai doivent être des premières à atteindre du sainte Odile. Nous sommes sur une petite place. La foule a grossi. La nouvelle de notre arrivée s’est répandue comme une traînée de poudre. De toutes les maisons, des gens sortent et se précipitent. Tous veulent nous voir, nous entendre, toucher nos mains. Ils parlent tous à la fois, en patois alsacien, en français. Nous ne savons à qui répondre. Bientôt, nous ne pouvons plus faire un pas, nous sommes entourés, étouffés. Devant nous, Stanislas Muller s’efforce en vain de nous ouvrir le passage. Cependant, la foule s’écarte. Un nouveau personnage vient d’apparaître. C’est le bourgmestre, le maire, comme l’on dit toujours ici. Il est de haute stature, avec les cheveux blancs et les yeux gris. Lui aussi, il s’appelle Muller, Xavier Muller. Le chapeau à la main, très ému, il s’exprime correctement en français. Il est désolé, il s’excuse de ne pas être arrivé le premier, il ne savait pas, on lui avait dit que les troupes françaises ne seraient là que le surlendemain. “ - Nous vous avons laissés entrer sans un drapeau, sans une fleur, sans rien ! Je ne m’en consolerai jamais ! Vous avoir attendus pendant quarante huit ans ... et puis voilà .... et puis voilà ! .. Mais l’autre Muller nous tire par la manche. Nous sommes devant chez lui. C’est une petite maison basse, avec un grand toit débordant sur la rue. Au-dessus de la porte, une inscription en lettres brunes : auberge Stan Muller. En français, cette inscription ? Stanislas Muller a surpris notre étonnement. Une flamme brille dans ses yeux. “ - Oui, auberge, en français “ dit-il. “ - Je n’ai jamais voulu . Entrez, entrez, messieurs les officiers, c’est chez vous ici. Entrez ! “. Mais le maire et d’autres habitants interviennent. “ - Non, Muller, non pas tout de suite, laissez messieurs les officiers; ils ne peuvent pas entrer comme ça, sans aller auparavant chez l’ancien maire. Il les a vus, sûrement, par sa fenêtre, l’ancien maire, on ne peut pas, il ne faut pas “. Comme Stanislas Muller est de cet avis !                                                                                                 L’ancien maire, mais certainement on ne peut pas ! Où avait-il la tête, il n’y avait plus pensé dans sa joie ! Il fallait y aller tout de suite ! Pauvre homme,                                                                                                 c’est bien lui qui méritait le plus en effet, le bonheur d’embrasser le premier, les Français !                                                                                                 “ Voilà les Français !  Je vous attendais ! “                                                                                                 Et nous repartons tous en cortège. Nous marchons en tête, encadrés par les deux Muller. Hommes, femmes, enfants, toute la foule nous suit. Elle n’est pas                                                                                                 loin, la maison de l’ancien maire, elle est là, sur la place. Nous y sommes en deux pas. Au-dessus de quelques marches, un cep de vigne décore l’entrée.                                                                                                 La porte s’ouvre d’elle-même. On nous attendait. C’est une bonne vieille, avec un grand nœud d’Alsacienne, qui nous accueille. Deux autres femmes sont                                                                                                 derrière elle, et aussi un jeune gars aux joues rouges, intimidé. Tout ce monde s’efface, nous sourit et nous dit : “ - Venez ! Venez ! Venez vite ! “ La bonne                                                                                                 vieille trottine devant nous sur les carreaux cirés, pousse une porte et nous fait pénétrer dans une chambre. Dans un fauteuil, près de la fenêtre, est assis                                                                                                 un vieillard, immobile, presque inerte. Il est coiffé d’une toque de fourrure et ses jambes sont enveloppées d’une couverture. Son visage est comme un vieil                                                                                                 ivoire. Il a plus de quatre-vingts ans. A notre entrée, il n’a pas fait un mouvement, mais on nous a conduits devant lui, alors ses yeux se sont agrandis, il a                                                                                                 cherché à se redresser, mais ses forces le lui ont refusé. Seuls, ses bras se sont levés lentement, avec ses mains où saillent de grosses veines bleues. Et,                                                                                                 un instant, nous ne voyons plus que ces pauvres mains toutes tremblantes qui battent l’air. Derrière nous, la chambre s’est remplie. On fait signe de faire                                                                                                 moins de bruit, le vieillard parle. Il parle d’une voix faible mais très distincte : “ - Vous voilà ! Voilà les Français ! Je vous attendais, ah ! j’en étais bien                                                                                              sûr ! ... J’ai eu raison de ne pas désespérer ... A présent, je peux mourir, je ne voulais pas ... avant ... “. De lourdes larmes coulent sur  son visage.                                                                                                  Il nous attire vers lui pour nous embrasser. Je me relève, la figure toute mouillée de ses pleurs. Mais ces larmes, je ne les essuierai pas, je ne lui ferai pas                                                                                                  l’injure de les essuyer. Nous les avons attendues trop longtemps, nous aussi, ces larmes de joie de l’Alsace, elles sècheront sur mes joues.                                                                                                  On a apporté des verres et une bouteille à long col. Le vin du Rhin, du Rhin français, pétille gaiement. Et, pour la première fois, nous trinquons à la victoire                                                                                                  en territoire reconquis.                                                                                                  En descendant les marches du perron, Xavier Muller nous explique que l’ancien maire, à qui nous venons de rendre visite, a exercé les fonctions de                                                                                                  bourgmestre pendant plus de trente cinq ans, presque depuis l’annexion jusqu’à la veille de la guerre. Toute sa vie, il a cru au retour de la France, il n’a                                                                                                  vécu que dans cet espoir. Il le disait à tout le monde, même aux Allemands. Et, quand la guerre a éclaté le 3 août 1914, tout de suite il a été certain de la                                                                                                  victoire.                                                                                                  “ - Quand, voilà trois ans, il a été pris par la paralysie, il a fait pousser son fauteuil près de la fenêtre. Il n’en a plus bougé, disant que, de là,                                                                                               il verrait arriver les Français vainqueurs, qu’il serait le premier à les voir, qu’il était sûr qu’ils viendraient. Et il vous a vus de derrière sa                                                                                               vitre ! ... Sa femme me racontait tout à l’heure que, lorsqu’il vous a aperçus avec vos culottes rouges, il a fermé les yeux comme s’il était                                                                                               mort. Il venait de les rouvrir, quand nous sommes entrés “. “ Les Allemands les ont volées “ Stanislas Muller est joyeux. Il nous a fait pénétrer enfin dans son auberge. Une partie du village s’y est glissée à notre suite. C’est une salle basse avec de longues tables de chêne lustrées et polies par l’usage. Elle prend jour par des fenêtres carrées, garnies de rideaux à damiers rouges et blancs et de pots de géraniums en fleurs. Un gros poêle tient tout le milieu et sa douce chaleur met une buée contre les vitres. Stanislas Muller s’empresse, entouré de ses filles, dont l’une est dans un état de bonheur et d’exaltation extrême. Ne vivait-elle pas, en effet, en France, étant institutrice des enfants du colonel de Saizieu, commandant le 12e hussards ? La déclaration de la guerre l’a surprise ici, en Alsace, où elle était en vacances. Elle n’a pas pu revenir. Pendant près de cinq ans, elle a vécu à Niedernai, passant par des alternatives d’espoir et de crainte, mais jamais de découragement, attendant l’heure du succès de nos armes dont, elle aussi, elle n’a jamais douté. C’est elle qui a été l’âme de ce village, allant, venant, visitant les voisins, relevant leur courage, organisant la résistance aux vexations des autorités allemandes, prêtant l’oreille quand le vent d’ouest apportait le roulement du canon sur les Vosges. Elle s’affaire, gourmande son père et ses sœurs, dispose des verres, nous avance des chaises. Mais le curé vient d’entrer. On s’écarte pour le laisser passer. Il s’est découvert et les boucles de ses cheveux blancs lui font une couronne d’argent autour de la tête. Il a les traits énergiques et tourmentés et, dans ses yeux bleus, brille le feu d’une âme ardente. C’est l’abbé Joseph Zimmer, curé de la paroisse. Il a ouvert lentement les bras et sa voix tremble : “ - J’ai connu l’Alsace française, dit-il. Je l’avais perdue. Aujourd’hui, je la retrouve. Que le saint nom de Dieu soit béni ! “.  Il peut à peine se soulever. “ - Soyez bénis aussi, messieurs “. Il se désole de n’avoir pu sonner les cloches à notre entrée; il n’en a plus. Plus de cloches ! Les Allemands les lui ont emportées, volées. Pour fondre des canons ? Non, pas pour fondre des canons, pour les empêcher de fêter la victoire !  Nous le consolons en l’assurant que, mieux que le son des cloches, le mutisme de ces clochers d’Alsace si bassement cambriolés, mutilés par l’ennemi, est plein de grandeur. Ce silence, c’est la dernière marque de l’oppression. “ - Et bientôt, monsieur le curé, des cloches françaises sonneront en liberté dans le clocher de Niedernai,car celles que les Allemands vous ont volées, la France soyez-en sûrs, vous les rendra ! Nous vous le promettons ! “ ( La promesse a été tenu ). DU KIRSCH FRANÇAIS DE L’ AN SEPTANTE Il est deux heures de l’après-midi. Quelqu’un s’avise alors que nous n’avons peut-être pas déjeuné. Nos mensonges maladroits ne trompent personne et c’est, tout de suite, un affole- ment. Malgré os protestations, on se hâte, on court, chacun ayant à cœur de nous apporter quelque chose. Rien n’est assez beau, assez bon pur nous ! Une nappe blanche, brodée de grosses roses rouges, a fleuri sur la table. Vingt mains veulent à la fois nous servir, disposer les assiettes, les verres, les bouteilles, les couteaux, les fourchettes. Et voilà que, pour nous, renaissait à la lumière, extraites de cachettes profondes, des provisions farouchement conservées et qui sont l’égal de véritables trésors. A chaque instant la porte s’ouvre, livrant passage à quelque habitant, porteur d’une merveille inattendue qui soulève les rires et les applaudissements de la salle. En voici un qui tend à bout de bras un jambon tout entier, un autre des œufs, un autre un morceau de pain blanc. Dieu ! du pain blanc, comment a-t-il pu faire ? On l’acclame. Un autre apporte du café, du vrai café, avec du vrai sucre, un autre des sardines en boîte, un autre du chocolat. On rit de plus belle, tout ça que les Allemands n’auront pas eu, n’auront pas su trouver ! Une jeune fille, rougissante, dépose près de nous une superbe tarte, une tarte aux pommes bien dorée, qu’elle vient de cuire à la minute. Une immense ovation la salue. Ils m’appelaient “ tête carrée “ Derrière nous, on entend chanter l’omelette dans la cuisine. Notre soldat-conducteur, lui non plus, ne sera pas oublié. Ils se sont tous mis en rond autour de nous, les premiers rangs assis, les autres debout et ils nous regardent avec des yeux ravis. certains sont montés sur des bancs, contre les murs, la tête touchant le plafond, pour mieux voir. Mais d’abord il nous a fallu, à tous, leur serrer la main, tandis qu’ils se nommaient : Weber, Muller, Lutz, Strube, Riegler, Heim, Wächter, Wintz, encore Muller, encore Lutz. Les uns, les vieux, les vieilles, nous adressaient quelques mots de bienvenue, et les autres, les plus jeunes, ne sachant pas parler français, nous souriaient de tout cœur. Nous vivons une sorte de rêve. Nous goûtons à peine à tout ce qu’on nous offre. C’est si touchant, si doux, ce retour en Alsace, et si magnifiquement pareil à tout ce que nous avions espéré ! Où sommes-nous ? Quels sont tous ces visages penchés sur nous ? Ne sont-ils pas échappés des livres d’Erckmann-Chatrian, d’Alphonse Daudet, de René Bazin, de Maurice Barrès et des chansons de Délourède ? Près de nous, Stanislas Muller nous conte de bonnes histoires d’Alsace, vieux souvenirs déjà ! de mystifications, de mauvais tours joués aux Allemands. “ - Ils m’appelaient Tête Carrée ... “  “ - Ah ! il leur en a fait voir, coupe Xavier Muller. Il aurait pu dix fois être fusillé ! “  “ - .. Un jour, tenez, il y en avait deux, deux officiers du service des étapes, attablés là où vous êtes, un gros et un maigre. Il n’y avait déjà plus rien en Alsace à cette époque, tout avait été ramassé, raclé. Au milieu du repas ils me réclament du poulet. - Du poulet, que je leur dis, non, mais vous vous fichez du monde ! Où voulez-vous que j’en prenne, moi du poulet ! - Juste à ce moment, voilà-t-y pas que mon coq se met à chanter au fond de la cave, un coq auquel je tenais beaucoup et que j’avais caché. - Ah ! mes amis, les voilà tous les deux qui se regardent, qui me regardent d’un air furieux. Ils attrapent leurs sabres, dégringolent l’escalier comme des fous, cherchent la porte de la cave, la trouvent, la cognent, la recognent, réussissent à l’ouvrir. Le coq affolé leur saute à la figure et remonte l’escalier plus vite qu’eux, enfile le corridor et le voilà dans le jardin ! Si vous aviez vu cette chasse ! - Le coq a sauté sur le toit du hangar, de là chez Lutz et, va te faire lanlaire ! Ils n’ont jamais pu le retrouver. Ils sont rentrés, écumant de colère et, en guise de paiement, ils ont cassé les vitres à coup de revolver. - Et le coq ? - Mon coq, il est revenu deux jours après. Je l’ai toujours. Au fait, je vais le remettre en liberté, maintenant qu’il est français “.  Et tout le monde de rire. Même ceux qui n’ont pas compris un seul mot de cette histoire, mais cependant s’esclaffent debout sur les bancs et s’envoient force bourrades. Un jeune gars vient d’entrer. Il dit quelques mots en patois alsacien que nus ne comprenons pas. Une tempête de cris, d’acclamations et de quolibets accueille son récit. Que se passe-t-il ? Le curé m’explique qu’il y avait encore un officier allemand dans une maison à l’autre bout du village, un officier gestionnaire resté avec deux soldats, pour remplir les dernières formalités administratives. Quand on lui a appris que les Français arrivaient, il a ramassé en hâte ses papiers et prit le large. Il court encore. C’est le dernier représentant de l’autorité allemande qui déguerpit. Près de nous a pris place un personnage en jaquette noire que je n’avais pas, tout d’abord, identifié,  bien qu’il se fut présenté avec force manifestations d’enthousiasme. Le curé Zimmer me renseigne : c’est Weber, l’instituteur. L’instituteur. Diable ! mais celui-là doit la représenter, l’autorité allemande ! Je l’observe à la dérobée.  A la nouvelle de la fuite de l’officier gestionnaire, il rit plus fort que les autres, il en pleure de joie dans son mouchoir. Invinciblement, ma pensée se reporte aux pages si poignantes d’Alphonse Daudet : “ La dernière classe “. Je me tourne vers l’instituteur : “ - A quand la première classe en français, Monsieur l’instituteur ? - Mais, dès demain, Monsieur l’officier, dès demain et avec quel bonheur ! “. L’abbé Zimmer, qui ne manque pas de finesse, me pousse le coude. “ - Vous savez que c’est un Alsacien, il est du pays. Ici, comme dans bien d’autres villages, on n’aurait jamais supporté un maître d’école allemand. Nous avions leurs gendarmes, ça suffisait “. Comme on porte un enfant Mais Enslen me regarde. Il a raison, il est tard. Je veux me lever, donner le signal du départ. Mais comme tout à l’heure, tous les bras se tendent aussitôt pour nous barrer le passage, toutes les voix protestent. Des sourires, malicieux, il me semble, courent sur les visages. “ - Non, non ! Pas encore, restez, restez toujours ! “. Voilà justement une vieille bonne femme, toute menue, qui arrive avec une bouteille. Elle la porte avec précaution, comme on porte un enfant, couchée su son bras. Un rire muet et un peu grave entrouvre sa bouche édentée. Quels bons yeux elle a ! Tout timides et tout simples. Elle a posé la bouteille, noire et poussiéreuse devant nous, sur la table, puis elle s’est assise, doucement sans rien dire. Elle nous observe en silence, frottant, l’une contre l’autre, ses mains, ses pauvres mains toutes nouées de rhumatismes. Et soudain, de ses yeux roulent deux larmes, de ces larmes si tristes des vieillards. “ - Voilà, dit-elle, c’est du kirsch et puis du kirsch français ... du kirsch du temps que nos cerisiers ils ont été français pour la dernière fois. Il est de septante. Quand mon mari il l’a mis en bouteille, nous étions jeunes mariés, il a dit comme ça : celui-là, on le boira pas en Prusse, on le boira en France ici, qu’il a dit, ici à Niedernai, quand les Français seront revenus. On le boira avec eux. Si je suis plus là, tu garderas la bouteille, tu boiras avec eux. Avec eux, qu’il a dit “. Elle reste là, de nouveau silencieuse, immobile. Ses mains, elles-mêmes, ne bougent plus, ouvertes sur la table. Et nous ne voyons plus que ces deux larmes brillantes qui se sont arrêtées en chemin sur ses joues. Ce kirsch, nous l’avons bu, debout, tous ensemble, mais celui qui l’a mis en bouteille n’était pas là. Nous nous sommes penchés vers le curé : “ - Espérons, Monsieur le curé, que ceux qui n’ont pas eu le temps de nous voir et sont couchés là-bas, au cimetière, ont aussi leur part de victoire “. L’abbé Zimmer nous a serré la main avec force. “ - Soyez-en sûrs ! “. Et sa voix s’est faite profonde pour ajouter : “ - Ah ! comme c’est bien que la France ait eu aujourd’hui cette pensée pour eux “. Venez, Mon capitaine Il est près de quatre heures. Le soleil décline derrière les vitres. Il faut partir. Nous nous levons, décidés. Mais aussitôt tous les bras sont en l’air. Non, non, ils ne sortiront pas ! Et toujours ces bons sourires pleins de mystère, ces yeux gris d’Alsaciens plissés par une joie malicieuse. Mais, à la fin, qu’ont-ils donc ? Justement, la porte sur la rue vient de s’ouvrir à deux battants, Mlle Muller fait irruption, triomphante : “ - Cette fois, ils peuvent venir ! Laissez les maintenant ! Venez, mon capitaine, venez, messieurs ! “. Comment décrire ? La petite place est noire de monde. Le village, tout à l’heure sans drapeaux n’est, à présent qu’une lumière tricolore. Les drapeaux ont surgi des fenêtres, de toutes les fenêtres, et, avec eux, des guirlandes de feuillage et de papier, de lanternes vénitiennes, tendues d’une façade à l’autre. En moins d’une heure, la place, les rues se sont pavoisées, transformées. Tandis qu’on nous retenait dans l’auberge, toute la population s’est acharnée à cette besogne. Tout le monde s’y est mis, de tout son cœur. Combien touchants, certains de ces drapeaux ! Nous en voyons, dont les trois couleurs ne sont pas très bien à leur place, le rouge entre le bleu et le blanc, ou le rouge cloué contre la hampe, ou bien encore les couleurs disposées en travers au lieu d’être en hauteur. Mais ceux-là, ce sont bien les plus émouvants... Notre apparition sur le seuil est saluée d’un cri vibrant ; “ - Vive la France ! “. La plupart des femmes et des jeunes filles ont revêtu leur costume d’Alsacienne. Ce ne sont que grands nœuds noirs qui palpitent, corselets de velours, jupes rouges des catholiques, jupes vertes des protestantes. Et soudain, un chant qui nous serre le cœur. L’instituteur a escaladé le perron de l’ancien maire. Chef d’orchestre, les bras levés, il donne le signal. Les strophes de la “ Marche lorraine “, dont les paroles ont été quelque peu arrangées pour l’occasion, montent d’un seul élan vers le ciel : “ - Ils n’ont pas eu l’Alsace et la Lorraine, Car notre cœur est demeuré français ! Ils n’ont pas eu l’Alsace et la Lorraine, Et, malgré eux, nous sommes toujours français ! “. Hommes, femmes, enfants, tout le monde chante à pleine voix. Tandis que nous restons pétrifiés, la main à la visière, j’entends Stanislas Muller me dire : “ - Et bien ! j’espère qu’après ça la France ne nous fera plus cette injure dont parlent vos journaux !  - Comment ? Quelle injure ? - De faire un plébiscite pour savoir si nous voulons être Français ! “. Mais Xavier Muller lui a donné une rude claque sur l’épaule :  “ - Ah Tête Carrée, tu grogneras donc toujours ! “. Enslen, Fichot et moi, nous nous cherchons des yeux. Mais qu’ont donc leurs regards à être si troubles, je les distingue mal ? Le mien aussi peut-être... Nous pleurons tous les trois. René CHAMBE.
18 novembre 1918 : l’inoubliable accueil de Niedernai
Les pilotes et observateurs de l'escadrille MS 12 posent devant un Morane- Saulnier LA en 1915. De gauche à droite : Ltt Paul Gastin (pilote) - Ltt Paul Jacottet (observateur) - Cne Le Révérend (pilote et futur chef du groupe de combat 11) - Adj Pierre Clément (pilote) - Cdt Charles Tricornot de Rose (pilote et commandant de l'aéronautique de la 5ème armée) - Adj Georges Pelletier d'Oisy (pilote) - Ltt Fenn (observateur) - Ltt Raymond de Bernis (pilote) - Ltt René Chambe (observateur) - Sgt Jean Navarre (pilote) - MdL René Mesguich (pilote) - Ltt Paul Moinier (observateur) - Ltt Gabriel Pelège (observateur). Photo SHD section Air de Vincennes.
Ltt René Michel Jules Chambe - Né le 3 avril 1889 à Lyon (69) -  Fils d'Emile Chambe et de Berthe Chantillin - Engagé au 10ème  régiment de Hussards de Tarbes, le 6 octobre 1908 - Nommé  Sous-lieutenant, le 1er octobre 1913 - Mobilisé au 20ème  régiment de Dragons, le 2 août 1914 - Campagne d'Alsace-  Lorraine en août 1914 - Bataille de la Marne - Opération de l'Yser  en Belgique - Passe à l'aviation comme observateur, le 3  décembre 1914 - Observateur de l'escadrille D 6 du 15 janvier  1915 au 5 mars 1915 - Observateur de l'escadrille MS 12 du 5  mars 1915 en novembre 1915 - Nommé Lieutenant, le 11 mai  1915 - Elève pilote à partir de novembre 1915 - Brevet de pilote  militaire n° 2710 obtenu le 20 février 1916 - Nommé capitaine, le  25 décembre 1916 - Pilote de l'escadrille N 1 de Roumanie  jusqu'au 24 mars 1918 - Blessé en combat aérien en août 1917 -  Adjoint au commandant de l'aéronautique du 10ème corps  d'armée à partir du 24 avril 1918 - Commandant de  l'aéronautique du 10ème corps d'armée - Officier d'état-major,  chargé des questions d'aéronautique au 14ème corps d'armée -  Chef d'état-major du groupement d'aviation de bombardement -  Sous-chef de cabinet, chargé des questions d'informations et  d'expansion aérienne en 1934 - Comme lieutenant-colonel, crée  le service historique de l'armée de l'Air en 1936 - Directeur des  études à l'Ecole de l'Air - Commandant de la 35ème escadre de  bombardement de nuit à Lyon en 1938 - Ministre de l'information  du gouvernement provisoire d'Afrique du Nord du général Giraud  - Chef du cabinet militaire du général Giraud, le 1er juin 1943 -  Décédé à Baudinard-sur-Verdon, le 24 novembre 1983 - Grand  Croix de la Légion d'Honneur - Chevalier de la Légion d'Honneur,  le 5 avril 1915 - Croix de Guerre 14-18 - Croix de Guerre 39-45 -  Médaille de la Résistance - Médaille des Evadés - Médaille  Russie - Médaille Roumanie - Citations à l'ordre de l'armée, dont  le 5 avril 1915 et 25 juillet 1917 - Citations à l'ordre du régiment  dont le 1er octobre 1914 et 7 octobre 1917.  "A donné la mesure de son audace et de son sang-froid en  abattant après un combat presque à bout portant un avion  ennemi qui venait de lancer des bombes sur une localité."
Lieutenant
Général
Seuls les clochers d’Alsace restent muets à l’arrivée des troupes françaises. A Niedernai, comme à Schirmeck et comme dans la plupart des villages d’Alsace, les cloches ont disparu. Les Allemands les ont prises pour en fondre leurs canons. Ci-dessus, en gare de Saverne, une vingtaine de cloches des églises environnantes rassemblées avant leur départ en Allemagne
Le général Gouraud - Vue prise sur la route de Schirmeck
Molsheim - Place de l’Hôtel de ville
2 décembre 1918 à Niedernai ( devant le poste de garde ). Le capitaine René Chambé, au centre sur le document, pose pour la photo de famille. Il est entouré de deux Niedernoises, Mlles Angèle et Hilda Wintz. Au premier rang, à gauche du curé Joseph Zimmer, le maire Xavier Muller, quelques membres du conseil municipal et, à l’extrême droite, M. Michel Wintz, instituteur et secrétaire de mairie.
Photos de NIEDERNAI en 1918 - Collection privée  F Gauckler
LES ALSACIENS-LORRAINS CONTRE L’ALLEMAGNE   - livre de Florent Matter de 1918 Annexe du livre comprenant des listes officielles allemandes d’Alsaciens-Lorrains poursuivis pour désertion et déchus de leur nationalité allemande ( source Gallica.bnf.fr ) DÉSERTION Les Allemands évaluaient eux-mêmes à plus de trente mille le chiffre des déserteurs alsaciens-lorrains à la fin de l’année 1915. C’est assez dire que ces listes sont incomplètes, mais elles sont suffisantes pour démontrer au public français que les Alsaciens-Lorrains qui ont fui les drapeaux allemands dès le début de la guerre appartiennent à toutes les classes de la société, que les ouvriers et les paysans y sont largement représentés, et pour permettre aussi aux nombreux originaires des pays annexés, réfugiés en France, d’y retrouver des compatriotes, des parents et des amis. Sur l’une de ces listes figure :    Dillinger L. Alb. , jardinier, de Niedernai. ALSACIENS-LORRAINS DÉCHUS DE LEUR NATIONALITÉ ALLEMANDE   ( texte et listes extraits du REICHSANZEIGER - Moniteur officiel de Berlin ) En vertu du paragraphe 27 de la loi sur la nationalité allemande, du 22 juillet 1913 ( page 583 de la loi ), les personnes mobilisables citées dans la liste ci-dessous, qui sont domiciliés à l’étranger et qui n’ont pas répondu à l’appel impérial de rentrer en Allemagne ( Décrets impérieux des 3 et 15 août 1914, pages 323, 371, 385 de la loi d’Empire, avis du chancelier du 15 août 1914, page 372 de la loi d’Empire ), sont déclarées déchues de leur nationalité d’Alsaciens-Lorrains, en tant qu’elles la possèdent encore.      Strasbourg, le 11 février 1916.      Ministère pour l’Alsace-Lorraine - Section de l’Intérieur - signé : De Tschammer, Secrétaire d’État. Sur la liste du 19 mars 1916 figure :   Stahl Aloyse - 18 février 1876 - Niedernai. Sur la liste du 24 mars 1916 figure :   Riegler Joseph - 16 décembre 1890 - Niedernai. Sur la liste du 28 juin 1916 figurent :  Gaessler Maxime - 27 octobre 1889 - Niedernai  et  Rieffel Maxime - 01 mai 1889 - Niedernai. Sur la liste du 30 septembre 1916 figure :   Dillinger Louis - 06 octobre 1879 - Niedernai.
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Militaires à Niedernai  le 12 décembre 1918          photo anonyme
LISTE DES JEUNES GENS DE NIEDERNAI MORTS PENDANT LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE 
- CUNTZMANN Henri décédé le 03 octobre 1914 - EHRHART Joseph décédé le 30 septembre 1919 - FRITZ Albert décédé le 06 août 1917 - FRITZ Maximin décédé le 01 août 1918 - RIEFFEL Joseph canonnier au 22e RA décédé le 26 juin 1915 à Le Labyrinthe ( 62 )(***) - RIEGLER Joseph soldat au 131e RI décédé le 02 septembre 1914 à Cierges ( 55 ) (*) (**) - GAESSLER Louis soldat au 114e RI décédé le 09 mai 1915 à Loos en Gohelle ( 62 )(****) - HASSMANN Joseph décédé le 24 octobre 1918 - HOELT Émile décédé le 19 avril 1918 - HOELT Joseph décédé le 22 septembre 1918 - KORNMANN Michel décédé le 25 novembre 1914 - LOTZ Joseph décédé le 03 septembre 1915 - LUTZ Ernest décédé le 02 décembre 1917 - SCHAUB Joseph décédé le 06 octobre 1915 - SCHAUNER Henri décédé le 27 février 1917 - SOMMER Xavier décédé le 17 mars 1916 - WEINGARTEN Joseph décédé le 26 septembre 1914 - WEINGARTEN Henri décédé le 27 février 1917 - WELSCHINGER Charles décédé le 07 septembre 1915
(*) Cierges s’appelle depuis 1922 Cierges sous Montfaucon       (**) En septembre 1914, les premiers combats se déclenchent en forêt d’Argonne. Riegler Joseph a du participer à ces combats qui lui ont coûté la vie. (***) Le Labyrinthe et plus particulièrement le champs de bataille de Notre Dame de Lorette où eurent de violents combats entre octobre 1914 et septembre 1915. Rieffel Joseph a été porté disparu lors d’un de ces combats. (****) Loos en Gohelle : l’offensive du 9 mai 1915 fut un véritable massacre pour les deux régiments français. Cette offensive s’avéra n’être qu’un diversion. Elle devait permettre de fixer les troupes allemandes à Loos en Gohelle durant la Conquête de la Colline de Lorette. C’est ce 9 mai 1915 que Gaessler Louis a été tué. Voici un extrait de l’historique du 114e RI dont faisait partie Gaessler Louis et qui concerne la période du 9 mai 1915 “ Le 6 mai 1915, le 114e, cantonné jusque là à Verquin s’installe dans les tranchées au nord de la route de Lens ( actuellement route de Béthune ) et dans les fosses n° 3 et 7. Le 9 mai, sur tout le front, les canonnades deviennent plus intenses. A 10 heures l’ordre d’attaquer est donné. Le 3e bataillon s’élance farouchement. Au prix de la vie du Lieutenant-Colonel Benoist, la route de Lens est prise à l’ennemi. Mais les Allemands réagissent et à la fin de la journée, les unités françaises se trouvent isolées, par un glacis impraticable, des réserves qui pourraient les sauver. C’est dans cette situation tragique, que le matin du 10 mai, après une nuit mouvementée et pleine d’angoisse se trouve le 114e aux prises avec un adversaire qui tente de l’encercler. Bombes et grenades pleuvent. L’ennemi resserre de plus en plus son étreinte. A 17 heures, l’ordre est donné de rejoindre Mazingarbe, le 114e ayant besoin de se réorganiser. A 21 heures, il n’y a plus un seul français dans les tranchées allemandes. Ces journées du 9 et du 10 mai ont été effroyables. Les pertes s’élèvent à 150 morts, 460 blessés et 810 disparus “.